JOUR 7: REDEVENIR HUMAINS

ou notre plus grande responsabilité.

Le paradis en réponse à la dystopie

Dans la jungle, en plus d’avoir retrouvé mon lien avec la Terre-Mère, j’avais aussi été frappée par un constat amer:

“Je ne sais rien faire. Je sais seulement sortir ma CB pour consommer. Je ne sais pas faire pousser de la nourriture, je ne sais pas me repérer dans la nature, je ne connais rien des plantes, je ne connais presque rien de la vie en fait. Qu’est ce que cela fait de moi en tant qu’être humain?”

A partir de là j’ai ressenti le besoin d’apprendre ces choses fondamentales que nous n’apprenons jamais dans notre société, et qui moi personnellement me paraissaient être la base pour me sentir une humaine souveraine et autonome. Non pas dans une perspective survivaliste, mais simplement d‘épanouissement personnel.

Aussi, après avoir dépensé beaucoup d’énergie dans une dynamique de lutte à dénoncer tout ce qui ne va pas dans ce monde à travers les films documentaires, je ressentais le profond besoin de concentrer mon attention sur les solutions, les possibilités, concrètes et constructives qui sont déjà là à notre disposition.

La question que je me posais était: si ce système s’écroulait demain mais que nous n’avons pas encore commencé à réfléchir et apprendre une autre manière de vivre, comment fera-t-on? C’est bien beau de critiquer et dénoncer le système, mais la question la plus importante n’est-elle pas plutôt qu’est ce que nous voulons vraiment ? A quoi ressemblerait le monde que nous voudrions vraiment ? Et surtout comment cela prendrait-il forme de manière très concrète ? Je crois qu’aujourd’hui il est plus que temps de s’atteler à cette tâche.

C’est ainsi que, portée par ces questionnements et l’inspiration des sociétés traditionnelles telle que celle des Kogis, ma quête du paradis terrestre m’amena à rencontrer un mouvement occidental qui aujourd’hui prend de l’ampleur: les écolieux.

Ecolieu Grain&sens, Ardèche

Ces lieux collectifs sont créés sur l’initiative d’humains cherchant à retrouver une autonomie de base, et un savoir vivre harmonieux avec le vivant.

Et qu’est ce que ça fait du bien de rencontrer des gens qui, non seulement voient les choses comme toi, mais en plus oeuvrent concrètement dans une dynamique constructive !

Les écolieux sont comme des oasis, des petits bouts de ce qui pourrait ressembler au paradis terrestre, où l’on retrouve collectivement ce qu’on avait perdu au sein de notre société moderne: l’entraide, le partage, un rythme de vie plus naturel, le soutien, le service, le tout avec l’intention de “faire société”.

Ici on s’efforce de construire et cocréer les bases d’un autre monde possible sur des valeurs et des intentions partagées.

Chaque lieu est comme un laboratoire unique, où on réinvente de nouvelles façons de faire et d’être car il y a tout à réapprendre. Il existe aussi des approches communes, ayant été éprouvées par le temps, qu’on retrouve d’un lieu à l’autre, telle que la pratique de la permaculture.

Même si les racines de ce mouvement s’étendent à bien plus loin dans le temps et dans l’espace, il est admis de reconnaître son origine dans les années 70 et deux australiens, Bill Mollison et David Holmgren, comme étant ses pionniers, et à qui d’ailleurs on doit le nom “permaculture”.*

Bill Mollison a écrit à propos de cette époque:

« Pour beaucoup d’entre nous qui ont vécu l’effervescence de la fin des années 1960, il ne semblait y avoir aucune perspective positive, même si presque tout le monde pouvait comprendre les aspects de la mondialisation qu’ils rejetaient. Ceux-ci comprenaient les menaces militaires de guerres nucléaires, l’exploitation impitoyable des terres, l’arrogance des pollueurs et une insensibilité générale aux besoins humains. Un monde contraire à l’éthique qui passait plus de temps à tuer des gens qu’à protéger la terre ou à aider les personnes. De 1972 à 1974, j’ai passé du temps, dernièrement avec David Holmgren, à développer une science interdisciplinaire de la terre - la permaculture - avec un potentiel de rayonnement positiviste, intégré et mondial.”

La permaculture vise à créer ou réinventer des systèmes de vie, d’agriculture, de fonctionnement collectif ou individuel durables, qui s’intègrent et respectent la biodiversité, en s’inspirant de l’observation des écosystèmes naturels, et des savoirs des sociétés traditionnelles.

La plupart du temps on entend ou associe ce terme à l’agriculture, mais celle-ci est avant tout une philosophie, qui peut s’appliquer dans n’importe quel domaine:

« La permaculture est une philosophie qui vise à œuvrer avec la nature plutôt que contre elle ».

- Bill Mollison

J’ai beaucoup appris grâce à la permaculture, mais personnellement la méthodologie classique proposée pour l’approcher manque de profondeur et de spiritualité à mon goût. J’ai pris ce que j’avais à prendre, et j’ai continué mon chemin.

ibid

Bien sûr la vie en collectif et les écolieux ne sont pas l’unique réponse ou alternative à la société actuelle, mais ces initiatives mettent en lumière le besoin d’un retour à un savoir faire société et à des valeurs humaines que nous avons perdues dans nos vies individualistes hors sol.

Des fois l’expérience réussie, et des fois non. Car l’aspect le plus difficile à réapprendre n’est pas tant le savoir faire, mais plutôt le savoir être ensemble: le “facteur humain”.

La dernière pièce du puzzle: apprendre à devenir humain.

C’est certainement là l’endroit le plus challengeant, car la vie en collectif nous met impitoyablement face à nous mêmes, face à nos zones d’ombres, nos zones d’inconsciences. Le savoir vivre ensemble, exige de savoir vivre avec soi même. Il exige de chacun de nous personnellement d’être dans un cheminement personnel de maturité, souveraineté, guérison, présence…

En gros il nous demande d’être un humain pleinement responsable de sa propre personne, donc d’être sur un chemin de conscience.

C’est à dire tout ce que notre société capitaliste ne nous apprend pas, puisque celle-ci nous forme à devenir des consommateurs au lieu de nous apprendre à être humain.

Mais si nous voulons construire l’utopie du Paradis Terrestre - un monde en paix et en harmonie avec le vivant- nous ne pouvons le faire si individuellement nous ne savons pas être des humains souverains, matures, responsables, et conscients. Imaginons que demain par grand miracle, les pouvoirs politiques décidaient enfin de prendre les bonnes décisions (lol) et de mettre en place tout ce qu’il faut pour que l’humanité vive de manière harmonieuse avec le vivant, saurions-nous, entre nous humains, préserver l’harmonie et la paix ? si nous n’avons pas chacun individuellement pris la responsabilité de nos consciences, de nos êtres? Je ne crois pas.

Là dessus j’en reviens aux Kogis. Leur prouesse réside pas moins dans leur savoir faire, dans leur capacité à ressusciter des territoires désolés en forêt primaire, que dans leur capacité à savoir être une société humaine harmonieuse et paisible.

Le secret de cette réussite sociale réside dans le fait qu’il n’y a pas une personne au sein de leur société qui ne se sent pas concernée par le soin à apporter à l’équilibre du collectif. Pas une personne qui ne se sent pas responsable d’elle-même, qui se permet de vivre inconsciemment, de ne pas s’éduquer, de ne pas apprendre à devenir un être humain mature et responsable. Pas une personne qui se repose sur les autres.

Chaque être humain, de l’enfant au vieillard, se fait le devoir d’apprendre à être un humain conscient et responsable de lui même.

“En règle générale, criminalité, délinquance, violence et prostitution sont totalement inexistants. Ce qui distingue les Aruacos, mais surtout les Kogis, de nos sociétés c’est leur sens aigu de la justice appliquée à l’individu et aux structures de pouvoir, et la sévérité des obligations personnelles.”

-Le chemin des neuf mondes, p.106, Eric Julien

Voilà pourquoi à mon sens, il me semble évident que ce qui est notre première responsabilité et en même temps capacité (d’agir) à tout un chacun est celle de reprendre notre souveraineté individuelle, en choisissant d’apprendre à être humain.

Je crois même que cela est la désobéissance la plus puissante que nous pouvons faire devant un système qui fait tout pour nous maintenir le plus possible dans un état de passivité totale, du physique à l’intellect en passant par la créativité.

L’équation est simple: Comment pourrions-nous vivre dans ce Paradis Terrestre qui est là sous nos pieds tous les jours, si nous ne savons pas vivre ensemble parce que nous ne savons même pas vivre en paix avec notre propre personne ?

Pour arrêter de transformer le paradis terrestre en enfer artificiel, nous devons apprendre à redevenir des êtres humains capables de vivre et honorer ce paradis terrestre.

“Le combat reste toujours celui de l’humanisation. Celui là est de tout temps..” - ibid

Et cet apprentissage est un chemin personnel qui nous concerne tous et qui commence à l’intérieur.

Les Arhuacos sont très proches des Kogis

Le paradis commence à l’intérieur

L’humanité s’est exclue toute seule du jardin d’Eden, non seulement en se coupant radicalement de son lien avec la Terre-Mère, mais aussi en se coupant de son lien à son intériorité, sa profondeur, son âme.

Ce sont les deux faces d’une même pièce.

Devenir humain c’est avant tout un chemin de conscience.

La conscience est le propre d’un être humain. Cette conscience a toujours été vouée à évoluer, grandir, s’élever et s’approfondir en même temps que nos corps physiques.

La conscience est comme l’eau ou l’énergie, elle a besoin de circuler, de rester en mouvement. Si on la laisse stagner, et qu’on ne lui permet pas de continuer son chemin d’élévation, au bout d’un moment elle trouvera le moyen de se mettre en mouvement toute seule, mais ce mouvement ira vers le bas. Autrement dit, la conscience se recroquevillera sur elle-même, dans un mouvement de contraction qui menace à tout moment d’imploser.

Et si la part de notre conscience diminue ou stagne, alors c’est que nous sommes des êtres gouvernés par notre inconscient.

Inconscients de nos défauts, de notre part d’ombre, de nos blessures et de leurs mécanismes de défense, nous les projetons sans nous en rendre compte sur les autres et le monde. Et puisque nous ne nous en rendons pas compte, nous ne pouvons en prendre la responsabilité.

Inconscients aussi de nos qualités, de nos dons, de nos rêves, de nos capacités innées, de nos inspirations profondes qui pourraient servir à créer des projets, des initiatives ou autres qui seraient bénéfiques pour le monde. Qui nous permettraient tout simplement de nous sentir à notre place, souverain de notre vie, au lieu de nous contenter d’être des élèves obéissant à un système anti-vie.

De cette inconscience résulte un état intérieur chaotique, qui se bat contre lui-même, dans lequel différentes parts de notre être sont en conflit les unes avec les autres, et donc en souffrance.

De cette inconscience chaotique personnelle résulte notre incapacité à participer dans le monde de manière harmonieuse.

Oui, l’inconscience détruit ce monde.

“Je suis convaincu que l’exploration de l’âme est la science de l’avenir. La psychologie est encore au début de son développement. Elle est en quelque sorte la plus jeune des sciences naturelles, mais celle dont nous avons le plus besoin. Il devient en effet toujours plus évident que ni la famine, ni les séismes, ni les microbes, ni le cancer ne constituent le plus grand péril pour l’homme, mais que c’est l’homme lui-même. Et pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de protection suffisante contre les épidémies psychiques, infiniment plus dévastatrices que les pires catastrophes de la nature. Il faudrait donc que les connaissances psychologiques se propagent à tel point que les hommes puissent voir d’où vient la plus grande menace.”

– Carl Jung

Il suffit de voir le niveau de mentalité de ceux qui gouvernent que ce soit en politique ou au sein des entreprises les plus influentes de la planète.

Ce qui nous détruit aujourd’hui n’est pas une histoire de politique, c’est une histoire de manque de conscience. Une histoire d’humains qui, dans leur individualité, ne sont plus du tout reliés à leur propre principe de vie.

Ce dont le monde a besoin c’est d’une révolution de conscience!

Nous devons remédier à notre immense manque d’éducation de notre nature humaine, c’est à dire à notre vie intérieure, psychique.

Nous ne pouvons forcer personne à accepter de prendre la responsabilité de son chemin de conscience personnel, mais nous pouvons prendre la responsabilité du notre et le laisser rayonner, inspirer celles et ceux qui répondent à son appel.

Mais le chemin de conscience ne se résume pas à une histoire de thérapie ou de psychologie, même si cela est son point de départ, il est bien plus grand que cela.

C’est une histoire d’éducation mais c’est aussi une histoire d’amour, une histoire qui nous pousse à aimer cette profondeur, à aimer ce chemin de conscience. A prendre goût, joie et plaisir à vivre l’expérience de soi, à travers l’expansion de notre conscience humaine.

Cheminer vers notre humanité c’est redevenir des êtres profonds, capables d’accueillir toute la profondeur du monde, de nos liens.

On ne rencontre les autres et le monde qu’au niveau de notre propre capacité à se rencontrer soi-même.

Plus notre conscience s’agrandit, plus la prise de contact avec le monde s’approfondit et nous permet d’apprécier, aimer et donc de respecter ce monde.

Que notre vie soit une expérience plus riche, et belle.

“Il existe trois formes de paix, disait le chef spirituel lakota Elan Noir. La première, la plus importante, est celle qui vient dans les âmes lorsqu’elles réalisent leur relation, leur unité avec l’univers et tous ses potentiels, et quand les gens réalisent qu’au centre de l’univers se tient Wakan Tanka (grand esprit créateur), et que ce centre est vraiment partout, il est en chacun de nous. C’est la vraie paix, dont les autres formes ne sont que le reflet. La deuxième forme de paix est celle qui se tisse entre les individus, et la troisième est celle qui se tisse entre deux nations. Mais, par dessus tout, nous devons comprendre qu’il ne peut pas y avoir de paix entre les nations, tant que l’on n’a pas fait la vraie paix dans l’âme des hommes.”

- Ce que les peuples racines ont à nous dire, p.291

Le paradis commence à l’intérieur, n’est ce pas le message principal des spiritualités de tout temps ?

N’est-ce pas même le message caché dans les mythes anciens qui décrivent le voyage initiatique de l’humain vers l’autre monde ? (cf jour 6)

Beaucoup sont agacés par l’expression “si tu veux changer le monde commence par toi”, pourtant elle est on ne peut plus vrai.

De la spiritualité, à la psychologie et philosophie en passant par la mythologie, et l’expérience sociale, la conclusion est la même: le paradis terrestre commence dans le chemin de conscience individuel de chaque être humain. Le savoir être humain est la clé qui relient toutes les pistes que j’ai exploré entre elles. La boucle est bouclée.

“Il y a un temps pour tout. Il y a même un temps où les temps se rejoignent.” - Louis Pauwels


PS: J’ai créé un guide initiatique à partir de mon propre chemin de conscience ainsi que des années de recherches sur les différentes pistes explorées sur ce sujet:

Quel est ton mythe ? - Le chemin du mythe personnel

Ce guide se veut être tel un manuel d’instruction de ce chemin qui, bien que personnel, se construit sur une structure universelle que les mythes ont encodée.

Accompagner d’autres personnes dans leur volonté de cheminer vers leur souveraineté et conscience est ma manière d’être au service du Paradis Terrestre.

Si tu veux en savoir plus, c’est par ici: Quel est ton mythe ?

Suivant
Suivant

JOUR 6: CAP SUR LE PARADIS TERRESTRE