JOUR 6: CAP SUR LE PARADIS TERRESTRE
En tant qu’être humain et aussi en tant qu’explorartiste, je suis guidée par un cap qui s’est révélé à moi quand j’étais petite. Quand j’ai réalisé dans quel monde j’étais arrivée. Dans quel monde mes parents vivaient déjà: un monde où c’est normal de marcher dans la rue et voir d’autres êtres humains souffrir de faim et de froid. Je n’oublierai jamais l’image du premier SDF que j’ai vu. Un monde d’absurdités, de souffrance, d’injustice. Un monde qui maltraite les humains, où ils se maltraitent entre eux, et où ils maltraitent le reste de la planète.
Et c’est “normal”. C’est “comme ça” que le monde est ainsi fait, et a toujours été.
Enfin, c’est ce qu’on m’a répondu, quand j’ai demandé “mais pourquoi?”
Cette réponse ne m’a absolument pas satisfaite, à vrai dire elle n’avait aucun sens pour moi, et aujourd’hui elle n’en a toujours pas.
“Utopiste”, j’ai appris ce mot enfant quand je m’incrustais dans les débats des adultes des repas familiaux pour leur partager mes idées et mes solutions pour changer le monde.
“Utopiste”, c’est ce dont on vous traite quand le monde s’est transformé en dystopie et que vous osez croire, vouloir et imaginer un autre monde. Dois-je me sentir insultée? Traitez moi d’utopiste si vous voulez, y a pas de problème. La seule chose qui m’importe c’est d’être fidèle à ma conscience.
A défaut de trouver quelconque résonance dans le monde des adultes, je me suis rapidement tournée vers les livres, les mythes et histoires du monde et j’y ai trouvé des indices qui me prouvaient que la vision que j’avais au fond de moi ne sortait pas de nul part, et que je n’étais pas la seule ni la première à qui cette vision faisait totalement sens.
Dans ces récits d’autres peuples, d’autres traditions, d’autres temps, j’ai trouvé des indices qu’un autre monde était possible, et que le monde n’avait peut être même pas toujours été ainsi. Que la vision que j’avais depuis toujours au fond de moi avait peut être déjà existé il y a longtemps, et qu’elle pouvait devenir réalité: la vision du Paradis Terrestre.
Ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’on y croit ou pas, qu’il ait réellement déjà existé ou pas, la vision du Paradis Terrestre semble être inscrit quelque part dans l’ADN de l’humain, dans l’inconscient collectif de l’Humanité, depuis la nuit des temps (un peu comme Dieu).
Voici donc les grandes lignes de l’histoire (en deux parties) de ma quête personnelle du Paradis Terrestre, et des différentes pistes que j’ai exploré depuis mon enfance:
Le paradis mythologique: le temps des dieux
La première piste que je suivis, fut celle des mythes et légendes occidentaux, dans lesquels le paradis terrestre est représenté par l’idée d’un autre monde existant en parallèle du notre dans l’invisible, ou d’une terre sacrée inaccessible.
En mythologie celtique, le Tir Na Nog, “terre des jeunes”, est une île lointaine au-delà des mers de l’ouest, une terre de jeunesse éternelle où la mort et la maladie n’existent pas, et où règnent l’abondance de toutes bonnes choses, la joie et la paix. En mythologie grecque les îles fortunées, sont plus ou moins son équivalent, de même que peuvent l’être l’Atlantide, le jardin des Hespérides, Avalon, l’île des sept cités, Emain Ablach, Valhalla..Ces lieux mythiques sont souvent décrit comme étant situé à l’ouest, car l’ouest, là où le soleil se couche pour faire place à la nuit, est la direction qui fait office de seuil entre les mondes.
Jeweled Path, Gilbert Williams
Cette croyance déposée dans les mythes anciens est ancrée si profondément qu’on la retrouve même plus tard, dans une légende entourant un personnage historique catholique qui aurait vécu en 500 de notre ère: Saint Brendan. Cette légende que l’on nomme “La navigation de Saint Brendan” raconte que ce prêtre catholique aurait entrepris de prendre la mer en direction de l’ouest dans l’espoir de retrouver le jardin d’Eden. Son voyage aurait duré 7 années au terme duquel il aurait effectivement trouvé l’île du paradis.
“Alors l’intendant dit à Saint Brendan : “Savez-vous ce qu’annonce cette obscurité ?” Saint Brendan dit : “Qu’annonce-t-elle ?” Alors il dit : “Cette obscurité entoure l’île que vous recherchez depuis sept ans”. Après un espace d’une heure, à nouveau, une lumière immense les entoura, et le navire s’arrêta au rivage. Puis une fois descendus du navire, ils virent une terre merveilleuse d’aspect, couverte d’arbres lourds de pommes, comme au temps d’automne. Et, comme ils parcouraient cette terre, aucune nuit ne leur advint.”
- La navigation de Saint Brendan, par Vincent Guy, Editions Caracara, texte latin et traduction
Dans la vision mythologique, la terre du Paradis des Dieux (les immortels) est indissociable du grand voyage que toute personne souhaitant l’atteindre se doit d’entreprendre à ses risques et périls. Un voyage initiatique pendant lequel les héros font face à des épreuves et des rencontres extraordinaires. En mythologie celtique ce type de récit est appelé “immram”, ce qui se traduit par “navigation”, et il existe nombreux de ces immram racontant le voyage de héros celtes tels que Mael Duin ou Bran Mac Febail, ayant entrepris bon gré ou malgré eux, cette aventure. On retrouve beaucoup de caractéristiques spécifiques aux immram dans le récit de la navigation de Saint Brendan, prouvant son rattachement à la tradition irlandaise. Le Tir Na Nog des dieux celtiques s’est alors transformé en quête religieuse du paradis.
Au-delà des épreuves elles-mêmes pouvant être rencontrées durant ces navigations vers les terres des immortels, l’épreuve la plus initiatique est qu’il s’agit en fait d’un voyage entre les mondes, entre notre monde et un autre, entre la vie et la mort. D’où le cap vers l’ouest.. Ainsi s’il est possible d’arriver à destination sans devoir passer par la mort, le plus périlleux est encore de pouvoir revenir vivant.
Car bien que situés sur Terre, ces territoires sacrés appartiennent à un autre monde qui fonctionne sur un autre temps: le temps des Dieux. Celui-ci s’écoule différemment du notre, faisant qu’une journée de l’autre monde peut en fait correspondre à une année du notre. Ainsi certains héros auront la mauvaise surprise de découvrir à leur retour que leurs proches sont morts depuis longtemps, quand d’autres tomberont en cendres dès qu’ils poseront le pied à terre de retour chez eux.
Ce paradis mythologique nous parle de l’existence d’un autre monde, d’un autre espace-temps, sur Terre mais dans une dimension parallèle à la notre. Un monde invisible, au-delà de nos sens physiques, où les Dieux d’un ancien temps, les héros vaillants et les âmes bonnes, peuvent se reposer et jouir de la paix, l’abondance et la joie à jamais.
“Cet autre monde porte en irlandais un nom spécifique qui signifie étymologiquement « paix » : Sidh (...) Le sidh est en fait l’expression, l’accomplissement d’une perfection , toutes les distinctions de classes et de fonctions sont abolies car elles ne sont plus nécessaires. L’abolition rejoint celle du temps et de l’espace, condition première de l’immortalité. La conception celtique de l’Autre Monde explique ainsi, et illustre la doctrine druidique de l’immortalité de l’âme.”
- Les Druides, Françoise Le Roux, p.280, Editions Ouest France
On retrouve ce concept d’un monde parallèle au notre obéissant à un autre temps dans de nombreuses autres cultures non occidentales. L’exemple le plus évident est sûrement celui de la culture Aborigène (pour ne citer qu’elle), et leur fameux “Temps du Rêve”: dimension parallèle à la notre qui correspond au temps de la création, l’origine de toutes choses, la source sacrée de la vie, où passé, présent et futur se confondent. Ainsi, dans le Temps du Rêve, le paradis terrestre originel existe toujours à l’état spirituel, disponible, accessible à jamais.
Et si ce que l’on appelle mort n’était que l’absence de quelqu’un qui est présent ailleurs ? Ailleurs ou au même endroit hors de la vue des autres dès l’instant que tous les lieux se confondent et toutes les durées se rencontrent ? “
- Pierre-Jakès Hélias, préface “Le vent du soleil”
Le paradis perdu: berceau de l’humanité
Cette idée de l’existence d’un autre espace-temps paradisiaque, m’a toujours fasciné, et c’est donc tout naturellement que je fus autant passionnée par les légendes de cités perdues, sur la trace des mystères des civilisations disparues, et de terres inexplorées:
El Dorado, Paititi, et autres mystérieuses cités d’or cachées dans la jungle, représentant les reliques d’un ancien âge d’or de l’humanité, d’un temps paradisiaque oublié, que les explorateurs cherchaient dans les terres inconnues en suivant du mieux qu’ils pouvaient des indices laissés dans les légendes (et bien motivés par la promesse de trésors inestimables, malheureusement.)
Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains
De ces mers lointaines peuplées de légendes
Ou d’une richesse soudaine qui se conquerrait
Au détour d’un chemin de la Cordillère des Andes
Qui n’a jamais souhaité voir le Soleil souverain
Guider ses pas au coeur du pays Inca
Vers la richesse et l’histoire
Des Mystérieuses Cités d’Or
(moment nostalgie: “Les mystérieuses cités d’or” )
Les mystères des anciennes civilisations ont grandement nourri mon sens de l’émerveillement, et réveillé en moi cette posture de l’exploratrice dont je parle dans le jour 5. Je prends toujours autant de plaisir à me plonger dans un livre ou journal de bord de certains rares explorateurs respectueux tels que ceux de Thor Heyerdhal - dont son premier récit de voyage fut : « Pa Jakt Efter Paradiset » = A la Recherche du Paradis
‘”Les grands aventuriers n’ont pas disparu de notre planète banalisée. Ils sont seulement devenus plus secrets, et quand ils choisissent de partir, c’est sans laisser de traces, sinon dans les mémoires. “
-P.J. Hélias, préface ‘Le Vent du soleil’
Mais pour les explorateurs, le graal de la quête mystérieuse fut ni plus ni moins que celle du jardin d’Eden, le berceau de l’humanité, le paradis terrestre originel, là où tout a commencé.
C’est ainsi qu’on a tenté de localiser l’Eden tout autour de la planète :
“Toutes les localisations géographiques ont peu à peu été imaginées : on a cherché à l’est, en « haut » de la Terre, aux confins du ciel des cartes « T dans l’O » ; Ceylan, Sumatra, la Chine ou l’Inde ont pu être confondus avec l’Eden. On a cherché au nord, puis au sud puisque Thomas d’Aquin le suggérait « sous l’équateur en un lieu très tempéré »... On a cherché en Éthiopie, en Arménie, en Mésopotamie, en Palestine. À l’ouest, Christophe Colomb qui se croyait sur le rivage oriental de l’Asie était persuadé qu’il allait le trouver en remontant l’Orénoque. Sa présence est parfois mentionnée sur les mappemondes jusqu’aux 16e et 17e siècles, preuve de l’imprégnation religieuse dans la cosmographie.” source
Malheureusement, la recherche du Paradis Terrestre originel de ces expéditions a pour beaucoup été un prétexte de colonisation et d’appropriations des richesses d’autres peuples et cultures.
Aujourd’hui, à l’heure où google a cartographié la planète entière dans le moindre détail, le temps des explorateurs est révolu et l’idée du Paradis n’est plus qu’un concept associé à la religion - concept jugé abstrait, irréaliste voir naïf par notre société moderne et technologique.
Le Paradis des religions est quelque chose de lointain dans notre esprit, parce qu’il se situe au-delà de la Terre, dans les Cieux, et dans une dimension désincarnée. Parce qu’il est alors une affaire de croyances et de foi.
Mais la notion de Paradis en tant que tel, fait avant tout référence à un état: celui de la Paix. Un état de félicité, de bien-être, d’harmonie, d’équilibre, de souveraineté, de liberté, de complétude, d’abondance.
Appliqué à l’échelle de la Planète, le Paradis Terrestre représente la vision d’une Terre en Paix, dans laquelle les différents peuples de l’humanité vivent en harmonie, où l’injustice, la souffrance, et autres déséquilibres ont été transcendés, entre humains et avec la nature. Et cette idée là paraît tout aussi irréaliste et naïf pour la plupart des gens, que celle du Paradis des Cieux promis aux croyants par les religions.
L’enfer lui, que les religions opposent au Paradis, fait aussi référence à un état: celui de la souffrance, l’injustice, l’absurde, la manipulation, la violence, le mensonge, la domination, la peur, l’enfermement..
Je ne sais pas si le Paradis et l’enfer des religions existent, et si les âmes sont effectivement redirigées vers l’un ou l’autre après leur mort.
Ce que je sais, c’est que l’enfer en tout cas, est déjà sur Terre.
Ce que je sais aussi, c’est qu’il est une création artificielle, une création des hommes.
S’il existe réellement un enfer au-delà, alors les hommes ont réussi à le faire descendre sur Terre.
Le Paradis Terrestre: l’autre nom de la Terre-Mère
C’est la vérité que j’ai accepté de nommer lorsque je sortais traumatisée des attentats de Paris en 2015, et que je partis me réfugier à l’autre bout du monde dans la jungle d’une île des Philippines. (>pour la petite histoire)
Au-delà du traumatisme, je me sentais alors dans un profond état d’impuissance et de désespoir au regard de notre monde. Jusqu’alors, j’avais toujours eu la force de croire, et de persévérer dans mes efforts de contribuer à mon échelle. Mais à ce moment là, je vis ma foi en la vie s’ébranler en profondeur, et je crois que c’est ce qui me fis le plus peur.
Ce dont j’avais besoin c’était de raviver cette quête du Paradis Terrestre, j’avais besoin d’oser revendiquer cette vision, de savoir qu’elle pouvait exister, non pas dans un autre monde, non pas en tant que relique d’un passé oublié, mais comme réalité et futur pour notre Humanité.
Une nouvelle piste, c’est exactement ce que la jungle m’offrit, quand je vins chercher refuge dans ses bras feuillus. L’âme à nu, au milieu de ce foisonnement de vie coloré, sonore et abondant, je compris pour la première fois ce que voulait dire “être vivant”. Pour la première fois je me sentais appartenir à quelque chose de vrai et puissant: la Terre-Mère. Alors mon coeur commença à guérir, et l’espoir à revivre.
J’eus l’impression de retrouver un lien fondateur qui me manquait depuis toujours, et je compris que ce manque avait nui à ma construction en tant qu’être humain. Ce lien qui est tel un cordon ombilical vital, est coupé artificiellement par notre société, mais ne devrait jamais l’être.
“La Terre n’appartient pas aux humains, ce sont les humains qui appartiennent à la Terre.” - Les peuples autochtones
Le lieu de mes retrouvailles avec la Terre-Mère, Philippines, 2015
Dans ce paysage de jungle luxuriante que j’avais tant fantasmé dans mes recherches et lectures, le paradis terrestre est une évidence. Bien sûr il faut savoir l’apprivoiser, c’est à dire apprendre à le connaître, connaître ses lois et son fonctionnement, comprendre son équilibre afin de construire une relation saine avec lui. Une fois cette relation établie, et le savoir faire en main, l’abondance est à disposition.
A partir de là, je commençais à explorer sérieusement la piste des peuples autochtones et des traditions animistes, dit aussi les peuples racines. C’est à dire des humains qui n’ont jamais coupé ce lien vital, et qui oeuvrent du mieux qu’ils peuvent pour sauvegarder et protéger ce paradis terrestre. Ces peuples sont les gardiens des savoirs et d’une sagesse que nous avons perdus.
“On est là pour protéger ces sommets, ces montagnes, nous en avons la responsabilité car à travers elles, nous protégeons la Terre et le monde. Toutes ces montagnes sont en train de mourir, car les petits frères les abîment en sortant du charbon, du pétrole, et en réchauffant la Terre. Nous ne sommes pas responsables de cela, mais nous en souffrons. Nous sommes tristes de voir que chaque groupe humain ne fait pas ce qu’il doit faire pour le respect de la Terre. Les petits frères violent la Tradition.”
-Eric Julien, Le Chemin des neufs mondes, Ed. Albin Michel
Parmi ces gardiens, la société des Kogis, originaire de la Sierra Nevada de Colombie, est une de mes plus grande source d’inspiration et d’éducation sur mon chemin personnel de reliance avec la Terre-Mère.
“Les Kogis sont au nombre de 12000 aujourd’hui, entre eux ils se nomment les “Kagabas”, les “gens de la terre”, ils sont les derniers héritiers des grandes civilisations du continent sud-américain. Ils représentent sans doute l’une des dernières cultures à avoir su entretenir et faire vivre leurs traditions sans interruption depuis plusieurs centaines d’années.
-Ibid.
Ils étaient des milliers avant l’arrivée des colons espagnols. Les Kogis, comme beaucoup d’autres peuples autochtones ont été décimés par “les frères blancs”. Malgré cela ils nous appellent “petits frères” aujourd’hui. Parce que pour eux nous sommes semblables à des enfants qui ont tout à apprendre: nos erreurs et mauvais choix sont le fruit de notre ignorance et manque de savoir. Malgré cela, ils ont réussi à sauvegarder précieusement leurs ‘savoirs faire et être’ très anciens, qui leur permettent encore aujourd’hui de régénérer des territoires entiers.
“Là où il n’y avait qu’herbes rases et terres ravinées, les Kogis ont fait pousser une couverture végétale de trois ou quatre mètres de hauteur, une mini forêt de laquelle ils tirent une part importante de leurs ressources agricoles. La performance est à la hauteur de l’échec des tentatives officielles de reforestation qui, malgré engrais et “expertises” agronomiques, n’ont jamais produit plus d’une vingtaine d’eucalyptus fatigués. (…) Les quelques maisons qui composent le village sont maintenant cachées derrière un rideau d’arbres où se mélangent avocats, bananes plantains, ananas, yuccas, papayes, tomates, haricots, arbres fruitiers et autres plantes couramment cultivées par les Kogis.”
-Ibid.
Retrouver mon lien personnel avec notre Terre-Mère, et rencontrer d’autres humains qui savent encore vivre en harmonie avec elle, fut le début d’un chemin de renaissance en tant qu’être humain, ainsi que les premières clés me permettant de déverrouiller cette vision du Paradis Terrestre.
*
Le jardin d’Eden que les explorateurs ont cherché avec ferveur est partout, caché juste derrière le voile de l’enfer artificiel.
Le Paradis Terrestre était là avant. Il est là encore aujourd’hui. Il est là tous les jours, sous nos pieds. Mais tous les jours, les hommes du monde moderne choisissent de continuer de le rejeter, de le détruire et de le transformer en leur propre enfer. (et il commence à faire beaucoup trop chaud dans cet enfer).
Le jardin d’Eden, l’humanité s’en est exclue toute seule en coupant de manière radicale son lien avec sa propre Mère.
Parler du Paradis Terrestre, à l’heure où l’état de notre monde semble avoir touché le fond du fond, à l’heure où les limites de l’absurde et de la folie ont été dépassées depuis longtemps et ne cessent de s’enfoncer toujours plus loin dans l’obscurité, à l’heure où plus rien semble ne faire sens, que le merveilleux et la beauté ne sont plus que légendes, et que même la raison semble déraisonner et nous avoir abandonné, ces mots pourraient sonner comme une insulte à la réalité de la souffrance qui s’est emparée du paysage terrestre.
Pourtant, n’y a-t-il pas justement de moment plus opportun que celui où la réalité de notre monde portent les couleurs et l’odeur de l’enfer, pour sérieusement et radicalement commencer à vouloir, sans plus de négociations, une Terre en Paix, une Terre de Paradis? La barre de mon cap est haute, parce que celle du monde est tombée trop bas.
La bonne nouvelle c’est que si nous avons réussi à créer artificiellement l’enfer, alors nous avons le pouvoir d’y mettre un terme. Comment s’y prendre? Quelle piste faut-il suivre?
A suivre…
Le Jardin des Délices, Triptyque, Jérôme Bosch, 1490